Devant le désarroi très fort, qui nous anime parfois, la peur de l’auteur c’est la peur de perdre la force des mots. Comme la déchéance d’un roi, qui perd sa couronne. Ne plus écrire avec envie, comme ne plus écrire avec foi, signale la fin de tout, la fin d’un tout.
Etre auteur c’est vivre avec la peur continuelle de ne pas être à la hauteur. C’est l’angoisse perpétuelle de voir se faner les fleurs. Comme un jardinier arrose son jardin, l’écrivain cultive ses mots, avec un jour l’espoir de les voir fleurir. Etre auteur c’est aussi vivre avec le sentiment de ne jamais devoir se taire.
Les mots au passage offrent aux auteurs multiples combinaisons. Chaque mot a sa force. Les combinaisons les entraînent à se jouer de nous. Tantôt ils seront bleus, amour, doux, romantiques ; tantôt ils vous m’emmèneront aux rêves, tantôt vous feront voyager.
Ecrire c’est saisir le moment venu, et attraper l’émotion quand elle vous vient. Ce moment s’apparente à une flèche lancée du ciel. On attend sagement qu’elle nous traverse, sans la retenir. La douleur n’en est que des plus solennels.
Bien souvent les flèches tardent à faire leur apparition. Des jours et des mois s’écoulent avant de voir apparaître l’inspiration. Tout vous semble si désert et les pannes se succèdent. Tout vous paraît austère. Les émotions ne sont que votre seule remède.
Mais aujourd’hui, c’est l’inverse. Je ressens comme une pluie occidentale qui vient s’abattre sur ma feuille blanche. Les mots fusent et les idées avec. Je carbure aux inspirations soudaines. Je fais le plein de poésie. Mes frissons m’animent tel qu’ils font du bien sur ma peau aussi. |